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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:04
 

                                                                                                                                    La poésie est une maladie.
Une maladie non orpheline puisqu’elle est fille du langage et de l’émotion.

 
Comme la frénésie, elle se traduit par une exaltation

qui met parfois hors de soi,

 
comme l’hérésie elle heurte la raison,


comme l’énurésie elle peut-être inconsciente,

et laisser des traces sur le papier,


comme la pleurésie, elle enflamme le thorax,
comme le kinési, elle est mouvement, chaleur, froid,

elle sollicite les muscles, les tendons,

et comme le revenez-y, elle ne vous lâche pas comme ça !
L’individu atteint de poésie, appelé poète pour qu’on ne l’écrase pas

à un carrefour, a des troubles de la vision et de la perception,

il lui arrive de voir à la place d’une table un bout de mer,

un miroir, la tristesse ou même une enclume. Pour le poète,

les voyelles ont des couleurs, et le ciel pèse comme un couvercle.

Selon qu’il s’appelle Guillaume Apollinaire ou Allain Leprest

(avec deux ailes) le poète voit passer sous le Pont Mirabeau nos amours

ou des hydrocarbures.

Le poète a fait des études jusqu’à la licence, dite poétique,

mais il n’a pas de travail pour autant. Pour subsister

il fait la manche, ou l’océan, ou le ruisseau. Il se nourrit

à la source et malgré ses dents de lait et ses griffes en coton,

mord à même le monde.

Les poètes les plus atteints sont enfermés dans des sortes

de prisons dorées qu’on nomme anthologies, mais qui ne sont

pas toutes l’œuvre de Georges Pompidou. La promiscuité y est douteuse

et le sale type qui monte la garde s’appelle Michard.

La poésie est une maladie incurable.

Mais c’est une des rares maladies qui se prolonge après la mort.

C’est d’ailleurs souvent après la mort qu’elle devient contagieuse.

Et c’est grâce à cette hypothétique promesse de contagion,

que beaucoup de gens tristement sains fréquentent les poètes morts,

dans l’espoir secret d’attraper leur maladie…

Présentation de Vincent Roca

Né en 1950, Vincent Roca débute sa carrière de comédien à Lyon

dès 1966 au Théâtre des Jeunes Années, puis au Conservatoire d’Art

dramatique. Jusqu’en 1989, il est professeur de mathématiques en France

et en Afrique francophone.
Il se lance ensuite dans le spectacle vivant.

Récemment, il écrit et interprète notamment « Délirium très mots »

et « Une heure de gaité prés de chez vous » en 2007,

« Sur le fil dérisoire » en 2004.

Il est l’auteur de plus de 600 chroniques pour l’émission « Le Fou du Roi »

sur France Inter.

Quelques parutions :
« Papiers buvards » et « Vincent Roca sucre les phrases »,chez Albin Michel


« Eloges de quelques inutiles (et autres célébrités) »,

éditions Le Pré aux clercs

édition
printemps des poetes
2008


 

 

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